Une des principales conditions du traité d'Union avait été le maintien de l'Église presbytérienne comme religion officielle (ou " établie ") en Écosse. Cette condition a été dans l'ensemble remplie, bien que l'intervention malheureuse du Parlement et de la Chambre des Lords, en tant que Cour d'appel ultime, dans les affaires de l'Église ait provoqué la Disruption (le schisme) de 1843 et la création de la Free Church ofScotland.

Aujourd'hui les Écossais pratiquants représentent environ 10 pour cent de la population globale (pratiquant étant défini strictement comme un fidèle participant régulièrement aux offices ou à la communion selon le cas, les églises protestantes étant moins directives sur ce plan, on le sait). Les enquêtes d'opinion semblent montrer, en tout cas, que les Écossais sont plus " religieux " que les autres Britanniques: 62 pour cent d'entre eux se déclarent sans appartenance à aucune église (unchurched) contre 77 pour cent au pays de Galles et 87 pour cent en Angleterre, toutes proportions gardées, bien entendu.

 

Les Écossais pratiquants se partagent entre deux confessions principales : l'Église d'Écosse qui reste l'Église officielle mais qui n'est plus dominante comme avant et l'Église catholique " romaine " comme on dit en Grande-Bretagne.

 

À ces deux églises, il faut ajouter les Épiscopaliens (55 000 baptisés dont 60 pour cent de pratiquants en 1992), les autres confessions protestantes : méthodistes, congrégationnistes, baptistes, salvationistes et quakers (ensemble environ 50 000 fidèles). Il y a enfin à peu près 25 000 membres des religions non-chrétiennes: musulmans, bouddhistes, Sikhs.

 

 

L'Eglise d'Ecosse (the Kirk)

Elle se réclame du calvinisme comme à ses débuts n'est pas seulement l'Église officielle; elle a été longtemps la plus nombreuse, quoiqu'il faille nuancer ses prétentions à représenter l'ensemble de la société écossaise, notamment dans les classes populaires. Cela a pu être vrai dans le passé, mais, aujourd'hui, ses fidèles, évalués à 770 000 en 1992 (il s'agit des baptisés et non des pratiquants réguliers), ne représentent qu'environ le cinquième de la population adulte totale.

 

Son organisation est à peu près la même qu'à sa création, c'est-à-dire qu'elle est fortement décentralisée et repose sur des paroisses quasi-autonomes autour de leurs pasteurs et de notables laïques, les eiders; son assemblée générale (mille délégués représentant dix-sept cents paroisses) qui se tient chaque année en mai à Édimbourg, est l'organisme suprême de décision et de recommandation; chaque paroisse est représentée et, bien que la procédure de sélection des délégués laisse peu de place à l'élection, un système de rotation assure cependant un renouvellement constant de l'assemblée d'où, d'une année à l'autre, des décisions parfois contradictoires.

 

C'est ainsi qu'en 1968 elle accepta la libéralisation de la loi sur les homosexuels qu'elle avait refusée l'année précédente; en outre, elle a changé plusieurs fois d'attitude vis-à-vis de l'adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE et, bien qu'elle fût en principe favorable à davantage de dévolution pour l'Écosse, une forte minorité n'en empêcha pas moins, le dimanche 25 février 1979 (quatre jours avant le référendum du 1er mars), la lecture pendant le culte d'une déclaration officielle de l'Église en faveur du Oui.

Depuis, certains de ses membres ont été très actifs dans la Convention constitutionnelle de 1988 à 1992, qu'ils ont rejointe dès sa création. Bien qu'Église " établie ", elle est beaucoup plus indépendante de la Couronne et de ce fait du pouvoir politique que l'Église d'Angleterre.

 

De fait, Si les débats de l'assemblée générale ont lieu en présence du souverain ou, le plus souvent, en présence de son représentant permanent en Écosse, le Lord High Commissioner, le monarque n'a dans l'Église d'Écosse aucune responsabilité hiérarchique, il ne nomme à aucune charge et il n'est en aucune façon son " chef " ou son " gouverneur suprême " (termes utilisés pour le rôle qu'il joue dans l'Église anglicane).

 

L'Église d'Écosse constitue donc une " anomalie en tant qu'Église établie " en fait, elle est " reconnue " et " officielle " mais elle n'est pas " établie " au sens où elle serait intégrée dans l'appareil d'État.

 

En outre, elle ne reconnaît pas à l'État le droit de se mêler de ses affaires internes. Calviniste, elle n'a jamais accepté le compromis anglican entre l'État et l'Église, ni même la théorie des " deux Royaumes " de Luther ou, plutôt, elle interprète cette théorie comme Andrew Melville l'expliquait au roi Jacques VI: " Il y a deux rois et deux royaumes en Écosse. Il y a le Christ Jésus, le Roi, dont le roi Jacques est le sujet, et son Royaume, l'Église (Kirk), dont il est ni roi, ni seigneur, ni chef mais simple membre ".

 

Pendant la période thatchérien ne, l'Église d'Écosse s'est plusieurs fois mobilisée contre des décisions gouvernementales: elle a critiqué la loi sur la nationalité de 1981, car elle était " moralement critiquable et risquait de porter atteinte à de bonnes relations raciales ", les réformes de la sécurité sociale, des relations du travail et de la politique du logement décidées en 1988.

 

Surtout, elle s'est opposée de la même façon que l'Église d'Angleterre mais avec probablement davantage d'indignation - aux prétentions de Margaret Thatcher " à justifier sa politique intérieure au moyen de références chrétiennes, culminant dans son discours à l'Assemblée Générale de 1988 "

 

Il s'agissait de la première intervention d'un Premier ministre devant cette assemblée depuis Harold Wilson en 1969. Ce dernier qui était aussi issu d'une Église non conformiste (congrégationaliste) sut caresser l'assemblée dans le sens du poil et fut plutôt bien reçu.

 

Margaret Thatcher, bien dans la manière de son père qui avait été prédicateur méthodiste laïque, se lança, à l'occasion de son " sermon sur la montagne "selon les termes de la presse locale (Sermon on the Mound, le Mound étant le quartier d'Édimbourg où se tient l'assemblée), se lança dans l'exégèse de la formule de Saint-Paul : "If any would not work, neither should he eat" qu'elle interpréta dans un sens presque littéral, provoquant des réactions très négatives d'une assemblée qui se veut le défenseur des pauvres et des exclus et prône les valeurs d'une société animée par la charité chrétienne, un des thèmes principaux de la foi calviniste pétrie d'aspirations démocratiques et égalitaristes. Margaret Thatcher se vit d'ailleurs remettre, dès le lendemain, deux rapports sur sa politique sociale, très critiqués pour le gouvernement

 

Malgré le recul de son influence religieuse et morale, l'Église d'Écosse reste néanmoins en prise avec l'évolution de la société écossaise. Chaque année, les rapports de la Commission Église et Nation sont très attendus et le débat qui suit reçoit un large écho dans les médias écossais, qu'il s'agisse de la question nucléaire (militaire et civile), de la politique du logement, de la répartition de la richesse et des revenus et surtout de la " question écossaise " elle-même.

 

L'Église d'Écosse, tout en réaffirmant ses conceptions chrétiennes, accepte néanmoins une sécularisation inévitable. En 1969, elle a proposé une réforme libérale de la loi sur le divorce; dès 1970, elle a accepté des dispositions permettant de prescrire la pilule aux femmes célibataires ; elle ne défend plus une observation stricte du Sabbat et s'est résignée à l'ouverture des pubs et des cinémas le dimanche.

 

 

L'Église libre

 

Née de la scission de 1843, ne regroupe plus qu'environ 8 000 fidèles, surtout dans les Hautes Terres, divisés en groupes rivaux plus ou moins autonomes. Jalouse de son autonomie, elle défend une morale sourcilleuse, refusant la " permissivité " (permissiveness) venue de Londres.

 

L'Église libre continue également à s'opposer à la circulation des ferries, le dimanche, dans les Western Isles qui constituent son ultime place forte. Elle reste très antipapiste et le Lord Chancelier (depuis 1987), Lord Mackay of Clashfern, qui en est membre, a provoqué une scission, en 1989, car il avait assisté à un service catholique à la mémoire d'un ami récemment décédé. Pourtant, sur le plan des moeurs, ses positions ne sont guère différentes de celles de l'Église catholique romaine

 

L'Église catholique

 

Le seul recensement proprement religieux qui ait été entrepris en Grande-Bretagne, celui de 1851, n'avait dénombré que 33 337 catholiques pratiquants en Écosse. Seules certaines régions reculées des Hautes Terres étaient restées imperméables à la réforme et le catholicisme authentiquement écossais végétait dans des communautés insulaires comme celles de Barra,Uist-sud, Eigg, Carma, etc.

 

Puis vint l'immigration irlandaise. Dès 1873, le nombre des catholiques était estimé à 300 000 (9 pour cent de la population de l'époque). À l'heure actuelle, les fidèles de l'Église de Rome représentent environ 20 pour cent de la population (774 550 baptisés en 1992). Aujourd'hui l'implantation catholique qui était concentrée dans le centre-ouest industriel (autrement dit dans la conurbation de la Clyde) est un peu plus dispersée.

 

En tout cas, il y a deux archevêchés (St-Andrews & Edinburgh, Glasgow) et six évêchés (Aberdeen, ArgylI and the Isles, Dunkeld, Galloway, Motherwell, Paisley) qui recouvrent l'ensemble du territoire.

 

On estime que l'Église catholique et l'Église presbytérienne jouent un rôle " quasi-gouvernemental ", grâce à leur présence dans le système d'enseignement. L'Église presbytérienne, en effet, dirige encore des écoles spécialisées pour jeunes délinquants ou enfants attardés; surtout, elle est représentée dans les conseils d'enseignement locaux.

 

Mais c'est encore plus vrai de l'Église catholique qui, comme dans tous les pays où elle est assez puissante, a tenu à avoir ses propres écoles. Toutefois, en Écosse, elle n'en avait pas les moyens; aussi, pour éviter la faillite des écoles catholiques, l'Education (Scotland) Act de 1918 apporta un compromis qui a survécu aux réformes de l'enseignement de 1945-1946 et de 1989-1992. Les écoles catholiques étaient désormais intégrées dans le système d'enseignement public; elles étaient subventionnées à cent pour cent par l'État qui obtenait un droit de contrôle; mais les nominations des instituteurs et des professeurs restaient soumises à l'approbation de la hiérarchie catholique qui veillait d'autre part à ce que l'enseignement garde un certain contenu religieux.

 

Ce compromis, qui n'a pas été remis en question grâce à l'appui que lui a apporté le parti travailliste, donne à la communauté minoritaire des privilèges que n'a pas la majorité (les autres écoles d'État prévoient une simple prière matinale de rite protestant, dite undenominational, c'est-à-dire ne relevant pas d'une confession particulière); il est de plus en plus critiqué en Écosse et le parti travailliste, qui doit une grande part de son influence au soutien qu'il reçoit des électeurs irlando-catholiques, est désormais très divisé à ce sujet.

 

Pourtant, précisons-le, ce conflit latent n'a guère joué de rôle dans la vie politique de ces dernières années; malgré un sentiment généralement partagé que toute " ségrégation " religieuse est néfaste dans les écoles.